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  • Photo du rédacteurPetitsPasduBonheur SG

Gros, un gros mot?

Dernière mise à jour : 8 sept. 2022

Ronde, en chair, pulpeuse, obèse, grosse, quel adjectif utiliser pour qualifier un personne en surpoids sans lui manquer de respect. Difficile à dire, cela va dépendre de la personne elle-même. Vivre sans correspondre aux critères actuels de la beauté où que l’on vive, n’est pas facile tous les jours.


Même dans le fait d’être “gros” il y a des nuances, le surpoids, l’obésité modérée, l’obésité sévère et l’obésité morbide ou massive. Mais voilà “gros”, n’est pas un gros mot, ce peut être encore plus blessant de chercher ses mots pour essayer de ne pas blesser la personne face à vous. Elle sait qu’elle est grosse, croyez-le, la société lui rappelle à tout instant.


On ne choisit pas d’être gros(se), on ne se réveille pas un matin en se disant “tiens j’ai envie de devenir gros(se)”. On le sait maintenant, l’obésité est une maladie, avec de multiples facteurs, tant génétiques, environnementaux, que comportementaux. Et comme si ce n’était pas assez compliqué comme ça, vous devez faire face au quotidien dans une société où rien n’est fait pour les gros(se).


Les gros(se) mettent en place plein de stratégies au quotidien, par exemple dans les cafés ou les restaurants, s'asseoir en bout de table, proche des sorties, si possible pas côté allées, pour éviter de gêner la circulation. Ils choisissent les chaises qui leur semblent le plus solides, dans les avions préfèrent les allées ou les hublots, bref, faire en sorte de ne pas déranger, de ne pas bousculer, de ne pas trop "gêner".


Quoique l’on fasse, il est difficile d’être gros, si on assume, on nous accuse de promouvoir l’obésité, comme si l’on pouvait dire “allez faites comme moi devenez obèse, c’est trop génial”. Si l’on se cache, on reste malgré tout la cible des attaques, des quolibets, des moqueries. On dérange quelque soit notre position.


La grossophobie existe au quotidien, dans les stéréotypes que l’on véhicule. Si on est gros on est forcément fainéant, pas très courageux, pas sportif, mous, on mange trop, pas équilibré, tout le temps… Pour les médecins tout est dû à votre obésité, et non je n’exagère pas.


Il y a des mouvements géniaux qui défendent les droits des gros, luttent contre la stigmatisation. Mais personne n’est obligé d’être actif dans ce combat.



Je ne peux que témoigner de mon expérience. Je ne veux pas entrer en polémique. Être en obésité morbide comme moi n’est pas une sinécure. J’oscille entre le côté battant de j’assume, et le côté déprimé de je suis grosse moche… laissez moi juste vivre en paix.


Un petit florilège de ce que j’ai pu entendre : grosse vache, baleine échouée, quelle honte de se laisser aller comme ça, un peu de volonté quand même, arrête de bouffer et de te goinfrer la grosse, l'éléphant, l'hippopotame, dans l’avion “oh mince encore une grosse à côté de moi ça va encore puer et je n’aurai pas de place”… (Je ne vais pas m’attarder la dessus, mais oui voyons parce qu’on est gros on ne se lave pas et on pue, c’est tellement évident). Des gens refusent de se montrer en société avec vous, des garçons vous disent que vous êtes tout ce qu’il rêvent de trouver chez une femme mais qu’ils ne peuvent pas assumer votre physique. Chez un médecin spécialiste de l’obésité “ok mais on ne ressemble pas à ça sans se gaver”. Chez de nombreux généralistes “il faut juste maigrir et ça ira mieux” et ça pour des motifs divers et variés. Ma première hernie discale opérée était calcifiée tellement elle était vieille, mais bon avant que ma jambe ne commence à se paralyser, chaque fois que je me plaignais de mon dos je n’avais qu’à maigrir pour aller mieux. Nos douleurs ne sont pas prises au sérieux quand on est gros, ni notre professionnalisme (parce que nos compétences dépendent de notre capacité à être maigre, forcément lol). Quant aux boutiques de vêtements, n’en parlons pas, on vous regarde comme un éléphant dans un magasin de porcelaine. Vous savez, il nous arrive d’offrir des fringues, il y a longtemps que j’ai abandonné les boutiques physiques me concernant, à part en pays anglo-saxons.


Alors oui je suis la somme de ça, je me suis construite tant bien que mal avec tout cela, je viens de voir une vidéo de Marianne James qui m’a donné envie d’écrire ce post. Mettez tous un sac de 80 kilos sur votre dos et vous saurez à quoi ressemble ma vie et si je suis si fainéante que ça, si je manque de volonté.


Alors oui je ne suis pas dans les canons occidentaux de beauté, oui, parfois même beaucoup trop souvent, je suis la première à me dénigrer. Mais entre la grossophobie, la stigmatisation, les critiques, les insultes, les discriminations, je SUIS EN VIE.


Je suis en effet pour le #bodyacceptance le #bodypositive pour autant c’est en acceptant mon corps, en me disant qu’il était ce qu’il était, mais qu’il me permettait de vivre que j’ai décidé de subir une sleeve. J’ai bien perdu au début et très vite, mais même en respectant le régime post op, en continuant le sport, j’ai commencé à reprendre même pas un an après l’opération. On peut accepter son corps, arrêter de le vivre dans la souffrance, ça c’est primordial, mais l'important est surtout d’être en bonne santé.


J’ai la chance d’avoir un corps en vie, je n’ai pas de comorbidités parce que paradoxalement aux idées reçues, j’ai une vie plutôt saine. J’ai fait des études, je fais un métier qui me fait me sentir vivante et utile. J’ai un compagnon, des amis, je voyage, je nage, et clairement si mon corps vous dérange en maillot de bain, je m’en moque, j’aime trop l’eau pour m’en priver.


Je ne ferai jamais l’apologie de l’obésité, de la maigreur, ni même de la “normalité” (qui va dépendre de votre lieu de vie, de votre époque…). Ce n’était qu’un témoignage parmi tant d’autres.


A l’heure où l’on parle de harcèlement scolaire, du pouvoir des mots, du droit à la différence. Réfléchissez juste à la façon dont vous traitez autrui, à la façon dont vous aimeriez que l’on vous traite à leur place (j’entends les plus critiques se dire qu’ils ne se laisseront jamais aller comme ça, mais bon). A tous ceux qui auront lu jusqu’ici, oui ce n’est pas tous les jours facile, mais votre vie est parsemée de petits bonheurs, de petites victoires, de moments de magie, mais aussi de douleurs, de critiques comme celle de tout à chacun.


Et “gros” n’est qu’un adjectif, il fait partie de tout ceux qui vous définissent et qui font de vous un être humain complexe, passionnant et vivant.



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